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Sophie Kaboré, jeune cinéaste:
On m’a surnommée la maman des pédés
ourkina Fasso
vendredi 5 mars 2010

Mlle Sophie G. Kaboré est une réalisatrice de cinéma
aspirante. Depuis quelques années, elle travaille à
la réalisation d’un court métrage. Son film Le
retour d’Abdou (ou Zi-yaanbo) dont une première
version est sur You tube, traite de l’homosexualité
au Burkina Faso. Elle confie à Sidwaya les
difficultés qu’elle rencontre et les raisons qui
l’ont amenée à traiter d’un tel thème.
Sidwaya (S) : Votre film parle de l’homosexualité.
Quelle est la trame de votre histoire ?
Sophie G. Kaboré (S.G.K.) : J’étais à la recherche
d’un sujet pertinent et d’actualité en vue de
réaliser un premier court métrage. J’ai toujours
signé des contrats de production qui n’ont jamais eu
de suites. Avant d’entreprendre ce projet, je ne
savais rien de l’homosexualité. J’avais même pensé à
un personnage comique. Cependant, je n’ignorais pas
qu’il pouvait engendrer des problèmes.
Mais, j’ai fait ce choix parce que jusque-là j’ai
entendu dire que les cinéastes africains dépendent
des structures de financement. Ce n’est pas un défi
mais j’estime que tout cinéaste doit être libre de
son choix. Le film parle du fils aîné d’un homme
d’affaires très respecté qui revient chez lui après
un long séjour à l’étranger.
Il a vécu d’autres expériences qui l’ont transformé
au plan psychologique et sexuel. C’est donc un
travesti qui revient dans son milieu, un milieu qui
réprouve de telles pratiques.
S. En traitant de l’homosexualité, que vouliez-vous
faire ressortir ?
S.G.K. : Cette idée m’est venue parce que j’avais
des amis gays. Avant de les connaître, en toute
sincérité, je n’y pensais pas personnellement.
Depuis que je les ai connus, j’ai remarqué qu’ils
sont différents, sensibles et très exceptionnels.
C’est pour eux que j’ai entrepris mon film.
S. Est-ce pour plaider leur cause et les défendre ?
S.G.K : Plaider leur cause, c’est trop dire parce
que je ne connais rien dans l’homosexualité. Mais,
je connais des amis gays formidables et sympathiques
dont l’amitié m’a amenée à travailler sur ce projet.
S. : Vous avez dit rencontrer des problèmes dans la
réalisation de ce film. De quelle nature sont-ils ?
S.G.K. : Je rencontre beaucoup de problèmes aussi
personnels que professionnels. En termes de
problèmes professionnels, quand j’ai fini de tourner
le film Le retour d’Abdou, qui est de 6 minutes, je
l’ai inscrit dans des festivals. Par exemple, la
coordonnatrice du festival Vues d’Afrique m’a
suggérée, après l’avoir trouvé très intéressant mais
très court pour compétir, de le prolonger.
J’en suis à cette étape et mon acteur principal
avait même, pour les besoins de la cause, retardé
son voyage pour les Etats-Unis d’Amérique. Dans mes
démarches, j’ai déposé mes dossiers au sein des
institutions susceptibles de me financer et à chaque
fois, on me répète que le sujet abordé est tabou
dans notre société.
Ce qui fait que les personnes et structures
contactées disent regretter de ne pouvoir
m’accompagner. Un directeur commercial d’une
structure m’a même agressée en me traitant de fille
maudite. Un autre a osé me dire que si j’étais sa
fille, il me tuerait pour avoir entrepris un tel
projet.
J’ai eu des conseils de cinéastes expérimentés comme
Idrissa Ouédraogo qui m’a lui aussi expliquée que le
sujet était délicat. Certains techniciens de cinéma
sont allés jusqu’à me surnommer la maman des pédés
et beaucoup se sont demandés pourquoi je suis
accrochée à ce thème de l’homosexualité.
S. : Votre vie privée n’en souffre-t-elle pas ?
S.G.K. : Quand il a fallu prolonger le film, j’ai
réalisé que ce n’est pas en lisant les documents que
j’allais vraiment mieux m’imprégner de la question
de l’homosexualité. Il me fallait fréquenter les
gays qui sont déjà mes amis. Mon copain ne me
tolérait déjà pas au début.
Au fur et à mesure que le temps passait, des rumeurs
ont couru que je sors avec des femmes parce que je
me suis toujours trouvée avec des amis gays. C’est
vrai que je ne m’en cache puisque ce sont des amis
comme les autres. Je n’ai pas honte, j’ai encore
moins peur de sortir avec eux.
S. : Depuis combien de temps vivez-vous avec votre
copain ?
S.G.K. : Nous vivons ensemble depuis presque trois
ans. C’est l’œuvre de colportage des amis qui me
voient souvent en compagnie des gays qui est à
l’origine de notre brouille.
S. : Est-ce que vous-même vous n’avez pas favorisé
cette brouille par des changements de comportements
pouvant faire basculer votre relation ?
S.G.K. : Rien n’avait changé dans nos rapports.
C’est le travail que j’ai choisi de faire qui
pourrait expliquer tout cela, étant donné qu’il m’a
fallu faire des recherches et fréquenter des
homosexuels. Je suis actuellement presqu’à la rue.
Je viens de quitter mon copain à cause de cette
histoire.
S. : Des membres de votre famille s’en sont
également mêlés, dites-vous ?
S.G.K. : Je me suis fait accompagner un jour par un
gay chez ma sœur qui est une religieuse. Quand elle
l’a su, elle n’a pas bien supporté. J’ai beaucoup de
respect pour les gays, ce sont des êtres comme tout
le monde. On ne choisit pas d’être noir ou blanc ;
nous le sommes et c’est tout.
S. : Vos proches ont peut-être peur que
l’homosexualité soit “contagieuse” ?
S.G.K. : (Sourires) Mais non ! Je ne dirais pas ça !
Je connais des amis qui vivent dans ce milieu. Je ne
le cache pas…, je ne sais pas moi, on a envie d’être
quelqu’un puis un jour, on découvre qu’on est une
autre personne. Je trouve personnellement que c’est
un état comme un autre. Il y a des gens qui le sont
par naissance et d’autres le deviennent.
S. : Y a-t-il des risques pour vous-même de basculer
dans l’homosexualité ou y êtes-vous déjà ?
S.G.K. : (Rires) Dire que j’y suis déjà ? Non. Mais,
on ne dit jamais « jamais ». Jusque-là, je n’ai
jamais eu envie de sortir avec une femme.
S. : Malgré vos déboires et après votre fiction « Le
retour d’Abdou », vous persévérez. Où en êtes-vous
dans votre quête ?
S.G.K. : Effectivement, j’ai monté un dossier de
production d’un documentaire sur l’homosexualité et
je suis à la recherche des fonds nécessaires. Ce
documentaire va traiter des homosexuels vivant avec
le VIH/SIDA. Pour tous ces projets, beaucoup de gens
essayent de m’accompagner mais se désistent toujours
à la dernière minute, je ne sais pour quelle raison
? Une chaîne de télévision internationale que j’ai
approchée a trouvé le sujet assez délicat pour le
produire.
S. : Au rythme où vont les choses, avez-vous espoir
de boucler le tournage de ce film un jour ?
S.G.K. : Je ne peux pas être sûre à 100%, mais je
garde espoir. Je suis prête à me battre pour finir
le film parce qu’il parle d’un sujet comme les
autres. Mais, je suis toujours à la recherche d’un
producteur. J’ambitionne de faire un film de 52 à 60
minutes. Je lance un appel à toute bonne volonté
pour m’aider à terminer le film. Beaucoup de gens
sont réticents à aborder le sujet, mais il est comme
tous les autres. Et faire un film sur
l’homosexualité n’est pas condamnable. Pour les
besoins du film, j’ai séjourné en Côte-d’Ivoire. Un
gay ivoirien qui est au Burkina présentement dit
même que l’homosexualité est plus développée ici que
chez lui ; seulement on n’en parle pas. La plupart
des gays que je connais sont des étrangers, tandis
que les lesbiennes sont toutes Burkinabè. Pour ma
part, je ne sais pas depuis quand le phénomène
existe au Burkina, mais je sais qu’il prend de
l’ampleur. Mais loin de moi la volonté de le
promouvoir
Propos recueillis par
Souleymane Sawadogo
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